Les orientations opérationnelles 2026-2027 du ministère de l’Emploi ont été dédouanées aujourd’hui. Elles s’inscrivent dans un contexte de compression du FDMT, de marges de manœuvre budgétaires réduites et de pressions accrues sur l’optimisation de l’offre de services. Ces orientations annoncent un renouvellement exigeant, marqué par un recentrage sur l’efficience, une plus grande variabilité du financement, une attention accrue à la performance et la poursuite des démarches de réorganisation territoriale.
Ce que disent les orientations
Concrètement, les orientations confirment notamment :
- une pression accrue sur l’adéquation entre l’offre de services,
- les priorités régionales et les besoins territoriaux,
- des attentes claires quant à l’intensité des services,
- la possibilité d’adapter, de regrouper ou d’abolir certains services jugés moins pertinents,
- la fin de la limite de variation de 10 % du financement, ouvrant
- la porte à des hausses comme à des diminutions significatives,
- une logique d’optimisation qui questionne directement la capacité organisationnelle et la stabilité des équipes.
1) Ce que le MESS annonce clairement
Le ministère met de l’avant une logique de priorisation, d’efficience et d’optimisation des achats de services, en demandant que les demandes soient appuyées par des données probantes : atteinte des cibles, volume de participants, abandons, moyenne d’heures, retours en emploi, etc.
Il souhaite également intervenir prioritairement là où les interventions produisent les meilleurs effets, en s’appuyant sur des analyses d’effets nets et d’efficience.
2) Points de vigilance pour les CJE
- Rationalisation territoriale possible
Les orientations ouvrent explicitement la porte à une réorganisation territoriale, incluant la possibilité de fusions, fermetures, regroupements de services ou réduction du nombre d’OSE sur un même territoire. - Pression accrue sur les services d’approche globale
Les services destinés aux clientèles plus éloignées du marché du travail devront être strictement justifiés par le profil de clientèle et les besoins démontrés, avec un accompagnement soutenu jusqu’à l’autonomie et l’intégration en emploi. Risque de remise en question des intensités d’intervention si la clientèle apparaît trop proche du marché du travail. - Normalisation des coûts et des heures
Le MESS vise davantage d’équité entre régions et annonce un encadrement serré des moyennes d’heures et des taux horaires, avec une attention particulière aux ententes dont les taux sont déjà supérieurs à la grille. Pressions possibles à la baisse sur certaines enveloppes. - Volatilité accrue du financement
L’abolition de la variation financière limitée à 10 % signifie que l’achat de participations se fera désormais strictement selon les besoins avérés, augmentant l’incertitude d’une année à l’autre. - Modulation du recrutement direct
Les orientations invitent les directions générales de Services Québec à moduler l’utilisation du recrutement direct, en fonction de l’évolution des clientèles et du marché du travail. Bien que le MESS précise que les OSE doivent être informés des motifs, cette orientation ouvre la porte à :
- un resserrement de l’accès direct aux services,
- un recours plus fréquent au dépistage,
- des délais supplémentaires avant la prise en charge,
- des risques accrus d’exclusion, particulièrement pour les jeunes en situation de vulnérabilité ou de décrochage.
Pour les CJE, cela pourrait compromettre la capacité d’intervention rapide, qui constitue un levier clé de prévention et de stabilisation des parcours.
Un levier politique et médiatique, la lettre ouverte
C’est dans cette logique que s’inscrit la lettre ouverte publiée dans le Journal de Montréal par notre PDG, Rudy Humbert. Elle met en lumière un angle mort majeur des politiques publiques actuelles. Le Québec investit massivement en énergie, en défense, en minéraux critiques et en technologies stratégiques, mais sans une capacité renforcée de former, d’accompagner et d’insérer durablement les jeunes, ces investissements risquent de manquer de main-d’œuvre et de s’essouffler dans le temps.
La lettre rappelle aussi des incohérences bien connues sur le terrain. En deux ans, près de 25 000 jeunes auraient été exclus des services publics d’emploi en raison de critères trop restrictifs, alors que certaines équipes consacrent jusqu’à 33 % de leur temps à des tâches administratives, au détriment de l’accompagnement direct. À cela s’ajoute la transformation rapide des emplois d’entrée sous l’effet de l’IA, ce qui rend la formation et l’accompagnement encore plus stratégiques.
Prochaine étape, une stratégie collective
Lors de la rencontre des membres, nous irons en détail sur les orientations 2026-2027, leurs impacts concrets pour les CJE et les marges de manœuvre possibles. Surtout, nous vous proposerons une stratégie nationale de négociation, cohérente et outillante, afin de renforcer notre pouvoir collectif et de soutenir les démarches locales dans le renouvellement des ententes.
D’ici là, nous vous invitons à utiliser la lettre ouverte comme levier dans vos échanges avec vos député·e·s et vos élu·e·s municipaux. C’est collectivement, en arrimant terrain, message politique et stratégie nationale, que nous pourrons influencer les arbitrages à venir.
Merci de votre engagement. Ensemble, nous consolidons la position des CJE comme acteurs incontournables de la réussite économique et sociale du Québec.
Si vous avez des questions, n’hésitez pas à communiquer avec nous !
L’équipe du RCJEQ



